[Culture] Ouverture de la saison culturelle avec Mister Mat

01 Sep 2020

Ex-chanteur charismatique de Mountain Men, Mister Mat poursuit sa route. Il se livre dorénavant seul avec sa guitare et sa voix envoutante, où la simplicité n’a d’égal que la puissance de son interprétation. Homme de scène et de partage, tantôt puissant, tantôt fragile, subtil et délicat, il sera sur la scène du Centre culturel René-d’Anjou, le 18 septembre, en ouverture de la saison culturelle. Rencontre avec un homme désespérément optimiste.

Connaissez-vous Baugé-en-Anjou ?

« Cette ville me dit quelque chose. J’ai dû y jouer avec les Mountain Men. Mais il est vrai que quand on est sur la route tout le temps et qu’on voit beaucoup de monde, au bout d’un moment on finit par en oublier un peu les lieux ».

Alors justement au sujet des Moutain Men, pourquoi cette carriere solo désormais ?

« Je pense que nous en avions fait le tour, Iano (Ian Giddey, harmoniciste) et moi. Nous avons commencé en duo en 2005, des centaines de concerts et de nombreuses tournées. Nous nous sommes ensuite étoffés avec l’arrivée de Denis Barthe (batteur, ex-Noir Désir) et d’ Olivier Mathios (bassiste, ex-The Hyènes). Notre dernier album était fondamentalement plus rock. Et personnellement, j’avais envie de continuer dans cette dynamique là. Faire un truc un peu plus rock sur un album solo, car après 6 ou 7 ans à deux, je ne voulais pas rester dans quelque chose qui m’ennuie. Alors que Iano, lui, comptait retourner en duo. On s’est donc dit que c’était le bon moment. »

Quel est votre rapport à la scène, au live, votre ressenti ?

« Je vais pas dire que j’ai un rapport particulier avec la scène, ce serait prétentieux mais j’aime joué sur scène. J’aime le partage et échanger avec le public. La « déconne » aussi, pouvoir parler aux gens. A la base, je viens de ce milieu, d’un public plus rock, qui pendant 2 heures, entre dans l’univers de l’artiste. Comme si il te prenait par le col et qu’il t’emmenait avec lui sans pouvoir en sortir. J’aime ça, c’est magique et c’est ce que permet la scène. Tu partages des instants, tu partages des moments, tu vois les émotions dans les yeux des gens. Tu perçois tout ça et c’est un vrai plaisir. Que ce soit en solo, en duo ou en groupe ! »

Présentez-nous votre dernier album ? Et pourquoi ce choix des textes en français ?

« Parce que je suis un amoureux de la langue française et que j’ai toujours été brassé par Brassens et par tous ces gens là. Avec Moutain Men, notre chemin et notre base d’approche était le blues. Il nous apparaissait plus simple de chanter en anglais. On travaillait beaucoup sur la musique, Ian sur les textes et, lui étant anglo-saxon, c’était plus simple comme ça. En solo, le retour aux textes en français s’est fait naturellement. D’ailleurs, avec Moutain Men, j’avais commencé à incorporer des titres en français, quelques chansons qui pouvaient s’intégrer au groupe et j’avais vraiment envie d’arriver à cela car chanter en français c’est un réel bonheur. J’avais aussi envie de m’exprimer dans ma langue, de m’amuser et de prendre du plaisir. Et surtout j’ai acquis la confiance nécessaire pour pouvoir écrire et pouvoir chanter mes textes en français et ainsi me dévoiler un peu plus. Quant à l’album, il s’est fait assez naturellement. J’ai signé l’année dernière avec la maison de disques, et elle souhaitait sortir un album rapidement. J’ai donc travaillé et quand j’ai présenté mes chansons, les retours de la production ont été très bons. Dans ce même temps, en septembre dernier, un soir à Paris dans le 17ème, j’ai rencontré Gaëtan Roussel (ex-Louise Attaque). La production nous avait arrangé cette rencontre, une soirée de présentation et de discussion. Pas plus. Et, finalement, on a mangé plus que de raisons avec au final un très bon feeling entre nous. Quelques jours plus tard, Gaëtan m’appelait en me disant qu’il avait des chansons pour moi. On s’est revu à Paris en studio et ça c’est fait naturellement. J’aime bien quand les choses sont simples et fluides dans la vie. Simples et pas forcées. C’est généralement plus agréable à vivre… »

Rockeur, bluesman, crooner…, qui êtes-vous réellement Mister Mat ?

« Je pense que je suis un mélange de tout ça. Mais avant tout, j’essaie d’être moi même parce que les autres sont déjà pris. Donc peu importe la case – je n’aime pas trop ça – mais oui, je suis un mélange de folk, de blues, de rock, de chansons. Un crossover de tous ces univers. Et sur scène, il y a forcément l’énergie rock mais aussi des choses beaucoup plus intimes. Parce que ces moments plus doux font aussi partie de moi. C’est d’ailleurs pour cela aussi que le titre de mon album me correspond plutôt bien « Désespérément optimiste »! Je suis un peu ce mélange ».

Donc pas de case mais des influences ?

« Oui, et elles sont très diverses parce que j’écoute beaucoup de musiques. C’est difficile de citer un artiste en particulier mais mes racines proviennent de Brassens, de Renaud, de Brel ou de Ferré. Ces artistes justement « à textes » dont les propos sont importants et qui ont du sens. Ce sens est primordial pour moi, sinon je n’y arrive pas. Après c’est très vaste et varié, de Bob Dylan à Metallica en passant par Tom Waits, Neil Young, Springsteen… Bref, ma playlist peut passer de Brassens à Slayer et revenir à Edith Piaf ! »

Votre plus grand souvenir de concert en tant que spectateur ?

Pour l’énergie, et pour les avoir vu une bonne dizaine de fois, Metallica, une énorme claque à chaque concert. Mais pour le souvenir et la chance d’avoir pu vivre ce live, sans aucun doute, Rage Against The Machine dans les années 1990. Après, dans un tout autre style et pour l’émotion du moment, je me souviens d’Allain Leprest lors d’une balance, sous un chapiteau à Saint-Pierre des
Chatreux dans les montagnes. Superbe, j’en avais pleuré ».

« Désespérément Optimiste », vraiment ? Même en cette période compliquée ?

« Oui toujours, même s’il est toujours assez difficile de se projeter. Mais, en tout cas le confinement, je l’ai vécu de manière sereine. J’étais tout seul dans mon appartement, ça m’a permis de me recentrer sur pas mal de choses. J’ai beaucoup écrit et puis j’ai donné un rendez-vous quotidien sur ma page Facebook, en proposant un morceau chaque soir. Et finalement on a eu une idée assez rigolotte en se disant : « Et si on faisait bosser les gens ? » Durant le confinement, j’ai chanté une quarantaine de chansons et ils ont dû en choisir cinq. A l’issue du vote, j’ai enregistré ces cinq titres chez moi et je les aie envoyés à Dominique Blanc-Francard – c’est lui qui a réalisé mon dernier album. Il me les a mixés et produits dans un Ep qui s’appelle « The Lockdown Sessions » et qui est sorti le 11 mai, disponible sur Itunes ou sur toutes les plateformes de téléchargement.
Donc voilà, je n’ai pas l’impression de n’avoir rien fait. Bien au contraire. Maintenant, c’est une période assez bizarre, surtout pour moi qui suis toujours sur la route. La scène me manque, les émotions du public, les rencontres, c’est certain. Cette crise m’aura surtout permis de me poser pour écrire, mais désormais j’ai vraiment hâte de reprendre la route ! »