[Entretien] Stéphane Bern : « J’avoue avoir eu un coup de cœur pour le tribunal de Baugé »

09 Oct 2020

Empêché lors de la remise du chèque du Loto du Patrimoine par la Française des Jeux (FDJ), le 19 septembre à Baugé, Stéphane Bern a accepté de répondre à nos questions. Dans cette longue interview, il revient sur son engagement pour le patrimoine français, sur la réussite de sa Mission éponyme et ne cache pas son coup de cœur pour le tribunal de Baugé mais aussi pour l’Anjou.

En premier lieu, revenons sur votre engagement. Pourquoi soutenez-vous le patrimoine national ?
« Le patrimoine national est porteur d’histoire et d’identité, il nous ramène à nos racines, il est vecteur aussi de fierté et de convivialité dans les régions et, enfin, il dynamise l’économie locale à travers le tourisme patrimonial. Le patrimoine, c’est de la culture à portée de main. Lorsqu’il est en souffrance, c’est ressenti comme un signe d’abandon de notre Histoire de la part de l’Etat ou des collectivités territoriales. Nous devons restaurer notre patrimoine pour faire vivre notre Histoire et la transmettre aux générations suivantes ».

Votre Mission vient d’entamer sa troisième année. Les projets de restauration sont-ils à la hauteur de vos espérances ?
« Je dirais même plus, les résultats dépassent mes espérances les plus optimistes. Grâce à la mobilisation des Français qui ont massivement participé aux tirages du Loto du Patrimoine et aux jeux de grattage lancés par la Française des Jeux, près de 50 millions d’euros ont été récoltés, auxquels se sont ajoutés 40 millions d’euros de taxes compensées – ce fut l’un de mes autres combats – et de mécénat. Rappelons que le loto est un jeu d’argent dont 72 % des sommes vont aux gagnants mais c’est toute la part de l’Etat qui revient au patrimoine. Avec ces 90 millions d’euros, nous avons déjà pu sauver 180 monuments. Nous ferons encore mieux car cette troisième année s’annonce prometteuse grâce au succès des cinq tirages du Loto du Patrimoine. Au-delà des sommes perçues pour effectuer les travaux de restauration – qui font vivre 35 000 artisans ! – je me réjouis que les Français se soient approprié cette belle cause en faveur du patrimoine ».

Évoquons maintenant le Tribunal de Baugé qui figure parmi les 18 sites emblématiques 2020. Pourquoi ce choix ?
« J’avoue avoir eu un coup de cœur pour ce tribunal de Baugé, tellement représentatif de ces monuments du XIXe siècle – avec l’héritage des malfaçons de l’époque – qui ont abrité des services publics qui, par le remembrement administratif, ont perdu leur usage d’origine. Que faire de ces bâtiments qui ont souffert de l’épreuve du temps mais qui, situés au cœur des bourgs, sont emblématiques pour la population. Lorsque nous sélectionnons les monuments avec les autres parties prenantes – Fondation du Patrimoine, Ministère de la Culture et Française des Jeux – plusieurs critères retiennent notre attention : état de péril degré de maturité du projet, intérêt patrimonial, mais aussi la qualité du projet de valorisation et son impact sur le territoire. Il m’a semblé utile pour la commune nouvelle de Baugé-en-Anjou de disposer d’un tel monument au service de la collectivité et, symboliquement, de réhabiliter ce lieu d’histoire ».

Pensez-vous que votre Mission est aussi l’occasion pour les concitoyens de se réapproprier leur territoire ?
« Mon ambition, je vous l’ai dit, est que les Français se réapproprient leur patrimoine et redécouvrent ces joyaux architecturaux et historiques qui font la beauté de leur région. Le patrimoine local doit participer à la préservation de l’art de vivre dans les territoires ruraux ou dans les petites villes, car il appartient à la mémoire collective, il est visuellement le symbole que ni l’Etat ni les collectivités n’abandonnent ces trésors du passé, mais qu’au contraire on leur assigne une nouvelle vocation pour l’avenir de nos régions ».

Au cours de vos déplacements en région, sentez-vous un réel attachement pour le patrimoine ?
« Avant on me félicitait pour mes émissions d’Histoire, maintenant, on me remercie pour mon action en faveur du patrimoine. Partout en France, je sens cette appétence de nos concitoyens pour leur patrimoine car ils sont attachés à la mémoire de leur village, de leur bourg ou de leur ville. Il y a certes des gens pour qui il faut faire table rase du passé, mais l’immense majorité des Français sent que dans ce monde qui accélère son rythme vers des lendemains incertains, le patrimoine est un ancrage nécessaire, réconfortant, source d’Histoire, de traditions et d’identité sereine. Le patrimoine d’hier peut aussi devenir notre pétrole de demain. Il est source de richesse à travers le tourisme culturel… Dès lors, il n’est plus un coût mais un investissement, il n’est plus un luxe, mais une nécessité vitale pour nos villages comme pour tous nos artisans ».

Le Loto du Patrimoine était-il une façon d’aller chercher les gens au cœur des villages ?
« Je crois surtout que depuis trois ans, nous avons initié un mouvement qui rétablit l’équilibre entre les villes et les campagnes. Car la Mission Bern sauve autant de monuments dans les villes que dans les zones rurales, ce qui n’est que justice car je rappelle souvent que c’est le dernier facteur d’égalité entre les villes et les campagnes : là où il n’y a ni services publics, ni 4 G, il y a encore le patrimoine qui fait vivre nos villages. Mon objectif est de sauver ce patrimoine oublié, ce patrimoine vernaculaire, ces fontaines, lavoirs, fours à pain, moulins et ces églises de campagnes qui ont une histoire aussi longue et belle que nos illustres cathédrales pour lesquelles on trouve plus facilement des moyens… »

En trois ans, est-ce une réelle réussite ?
« Si l’on en juge par le nombre de monuments déjà sauvés ou en cours de l’être, oui je crois que ce Loto du Patrimoine est un franc succès et que la Mission qui porte mon nom a atteint ses objectifs, lesquels, je le rappelle, ne cherchent pas à se substituer à l’action régalienne de l’Etat à travers les DRAC et le Ministère de la Culture, mais en apportant un soutien efficace pour des monuments qui ont été choisis par les Français sur le site de la mission : www.missionbern.fr ».

La ville de Baugé-en-Anjou aura-t-elle l’honneur de vous accueillir pour vous faire découvrir le tribunal mais aussi ses multiples joyaux patrimoniaux comme son château et son apothicairerie ?
« N’ayant pu me rendre le jour de la remise symbolique du chèque de la Fondation du Patrimoine, cheville ouvrière de ma mission, j’étudie avec la Française des Jeux l’idée de venir à Baugé-en-Anjou visiter vos trésors patrimoniaux à l’occasion d’un lancement médiatique des nouveaux jeux de grattage, sur lesquels figure en bonne place l’ancien tribunal de la ville ».

Enfin, que pensez-vous d’un « Secrets d’Histoire » consacré au Roi René ? L’Anjou et Baugé-en-Anjou tout particulièrement vous en seraient reconnaissants…
« Vous me donnez là une excellente idée que je vais soumettre au producteur de « Secrets d’histoire » et aux responsables éditoriaux de France 3, car tout prétexte pour revenir en Anjou ne peut que me réjouir, tant j’aime cette région, sa douceur de vivre et ses merveilles historiques et architecturales. Si j’osais, je parlerais même, s’agissant du roi René et de sa devise, d’ardent désir ».

L’intégralité de cette interview est à lire dans le dossier du magazine municipal « Baugé-en-Anjou.info » N°18, en cliquant ici